La course, la chasse et l’instinct de survie

Prehistoric hunting
Nos ancêtres pourchassant le gibier.

« Le Coureur Chassant ? C’est quoi le rapport ? » s’interrogeront certains.

Parce que ce sont deux activités sportives importantes que je pratique et qui me tiennent à coeur.

« Pourquoi pas Le Chasseur Courant plutôt que Le Coureur Chassant ? » se demanderont d’autres.

Parce que je suis davantage un coureur qu’un chasseur. Un coureur de longue distance établi et un chasseur débutant, mais un chasseur tout de même.

De plus, ces disciplines sont intimement liées depuis des millénaires. Le tout a débuté avec l’avènement de la bipédie au cours de notre évolution. L’homme aurait appris à marcher parce que la forêt reculait au profit de la savane. En plus de la marche, le fait de se mouvoir sur nos deux membres postérieurs permet la course de longue distance et la chasse, le champ de vision étant amélioré. Également, elle assure une meilleure régulation de la température du corps, la position debout présentant moins de surface au soleil et plus de surface au vent. Un énorme avantage par rapport à la majorité des autres animaux.

Ces facultés ont permis à l’homme de pratiquer la chasse à l’épuisement (persistence hunting). Il s’agit d’une technique de chasse par laquelle les chasseurs traquent et poursuivent en courant une proie jusqu’à l’épuisement de celle-ci. Si les humains peuvent aisément réguler leur température corporelle par la transpiration, le gibier quadrupède doit ralentir ou s’arrêter pour pouvoir haleter. Pour ces chasseurs, cela demande une capacité de courir de très longues distances sans s’épuiser.

Ce type de chasse n’est presque plus employé de nos jours. Sauf par les Tarahumara (Raramuri), un peuple vivant dans la région des Barrancas del Cobre, au nord du Mexique, dans l’État de Chihuahua. Les Tarahumara sont des coureurs de fond exceptionnels depuis des siècles. Ils chassent généralement avec arcs et flèches, mais ils sont aussi connus pour leur habilité à pourchasser jusqu’à épuisement cerfs et dindons sauvages.

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Coureurs Tarahumara. Source: http://www.allwedoisrun.com

L’anthropologiste Jonathan F. Cassel décrit ainsi les qualités de chasseur des Tarahumara : « Ils pourchassent les oiseaux sur de longues distances jusqu’à la mort. Les forçant à effectuer des séries de décollages rapides, sans période de récupération suffisamment longue, ces lourds oiseaux finissent par ne plus avoir assez de force pour s’enfuir des chasseurs Tarahumara« .

En 2006, la population des Tarahumara était estimée à entre 50,000 et 70,000 habitants. La grande majorité pratique encore un mode de vie traditionnel, habitent des abris naturels tels que des cavernes, des refuges surplombant des falaises et de petites cabanes de bois et de pierres.

Avec le temps, l’homme a su développer des techniques de chasse plus efficaces et plus économiques pour le corps humain. Parmi celles-ci, la vénerie (chasse à courre) est un mode de chasse ancestral qui consiste à poursuivre un animal sauvage (traditionnellement cerf, sanglier, chevreuil, renard ou lièvre) avec une meute de chiens, jusqu’à sa prise éventuelle. Elle se distingue de la chasse à tir car seuls les chiens chassent, grâce à leur odorat et leur instinct naturel de prédateur. Le rôle de l’homme, cavalier pour la circonstance, consiste à les contrôler.

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Chasse à la courre, avec l’aide de chevaux et de chiens.

L’évolution et le progrès ont permis à l’humain de se procurer nourriture et protection sans avoir à parcourir de longues distances pour chasser ou s’enfuir. Les peuples nomades ont fait place aux peuples sédentaires. Les instincts de coureur et de chasseur se sont donc endormis mais sont toujours profondément ancrés en nous.

Rien d’étonnant de voir de nos jours autant d’adeptes de sports de plein air comme la chasse sportive et la course à pied. Ces disciplines éveillent nos instincts de survie. Traquer une proie ou courir des kilomètres activent des hormones autrement dormantes telles qu’endorphine et adrénaline.


En 2015, le film documentaire Fair Chase fait son apparition. Dans ce long métrage, neuf coureurs de fond expérimentés tentent de chasser à l’épuisement des antilopes dans les plaines du Nouveau Mexique. Ces athlètes ayant tous complété un marathon en un temps allant de 2h10 à 2h45, ont dû parcourir au pas de course de 30 à 50 km sur un terrain accidenté.

Inpiré du livre Born to Run, le cinéaste souhaite démontrer que la chasse à l’épuisement était un des moyens de survie de nos ancêtres et expliquer pourquoi, dans notre ère moderne où nous n’avons plus besoin de cette technique de chasse pour survivre, nous sommes toujours attirés par la course de longue distance et que notre corps est conçu pour accomplir cet effort.

Pour ma part, je retrouve des points d’intérêt communs dans la pratique de la course à pied et de la chasse sportive. Les deux requièrent une bonne préparation, de l’endurance, de la patience et de la détermination. Mais de là à combiner les deux en expérimentant la chasse à l’épuisement, c’est une toute autre histoire.

Dans mes prochains articles, j’aborderai différents sujets touchant à la course à pied, à la chasse sportive, à la nutrition et aux sports de plein air. Résultat de mes propres expériences, revues de presse et d’événements, test d’équipement, recettes, et autres contenus apparaîtront graduellement sur ce blog.

N’hésitez pas à émettre vos commentaires et vos opinions à la fin de chaque article. Car l’interaction avec le lecteur, c’est aussi ça l’objectif d’un blog.

 

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