Le plus beau marathon au monde

Source : www.schneiderelectricparismarathon.com

Dimanche 3 avril 2016. 6h30 le matin. Le réveil sonne. J’ouvre les yeux et je réalise après quelques secondes que je ne suis pas chez moi.

Nous sommes atterris à Charles-de-Gaulle vendredi passé, moi et ma conjointe. Nous nous étions rendus en RER jusqu’au centre-ville de Paris et avions attrapé un métro jusqu’au 13e arrondissement pour s’installer dans notre studio, petit mais confortable et typiquement parisien. En après-midi, rendez-vous au Salon du Running pour y récupérer mon dossard et y prendre un repas de pâtes.

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Le lendemain, samedi, journée plutôt tranquille, intentionnellement. Nous avions fait une ballade en bateau-mouche, histoire d’économiser mes jambes et d’avoir un avant-goût de ce que nous réserve cette charmante métropole. Le soir, j’avais pris soin de bien préparer mon équipement de course et prendre un petit digestif pour m’aider à tomber dans les bras de Morphée. Seulement, Morphée était sur le décalage horaire et la nuit a été plus courte que prévue.

Le soleil est au rendez-vous. La journée s’annonce splendide! Après le p’tit dej, un peu d’hydratation et une visite aux latrines, nous empruntons à nouveau le métro pour se rendre à l’aire de départ de la 40e édition du Marathon de Paris, un peu en aval de l’Arc de Triomphe sur l’avenue des Champs-Élysées. Plus nous nous rapprochons de la station Charles-de-Gaulle-Étoile, plus le wagon se remplit de coureurs et coureuses affichant un air fébrile.

À la sortie de la station, l’Arc de Triomphe nous accueille, illuminé par le soleil encore bas sur l’horizon. On prend quelques photos dont une avec le livre Ultra-ordinaire : Journal d’un Coureur de Joan Roch, un ancien collègue de travail devenu ultra-marathonien « ultra-populaire ». Je lui avais promis de participer à son petit concours qui consiste à faire voyager en photos son livre à travers le monde. Un récit passionnant, d’une plume remarquable.

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Un petit chatouillement en bas du nombril me fait réaliser qu’il serait préférable d’aller aux WC. Après, j’embrasse ma douce et ma nièce, étudiante à Paris venue m’encourager. Je pénètre dans mon corral de départ (je m’étais inscrit à celui de 3h45). Je me faufile du mieux que je peux vers l’avant du peloton en contournant les tas de vêtements chauds abandonnés par les coureurs qui s’apprêtent à prendre le départ ainsi que les urinoirs à ciel ouvert aménagés sur l’aire de départ.

Ça y est! À travers cette atmosphère survoltée, le décompte est donné et quelques minutes s’écoulent avant que je puisse enfin m’élancer. Sur le pavé de l’avenue des Champs-Élysées ça grouille de marathoniens et ça descend en douceur vers la Place de la Concorde. Le soleil dans les yeux et le son dans les oreilles provenant des milliers de baskets tapotant la chaussée, des cris de la foule et des musiciens installés le long du parcours.

C’est l’euphorie! Cette ville est magnifique! J’évite quand même de me laisser emporter par les émotions et d’adopter un rythme trop rapide à cette étape prématurée de l’épreuve. Je profite du moment et j’y vais comme je le sens, sans objectif précis.

On contourne la Grande Roue de la Place de la Concorde et on emprunte la rue de Rivoli. La foule est dynamique. Deux pompiers, sur leur échelle surplombant notre passage, nous encouragent généreusement.

5e kilomètre. Premier point de ravitaillement : des tables sur lesquelles des milliers de bouteilles d’eau attendent. Certains bénévoles en tendent quelques unes déjà débouchonnées mais ont peine à fournir tant d’assoiffés. Selon mon habitude, je prends seulement quelques petites gorgées d’eau. Mais je ne veux pas m’accaparer d’une bouteille encore quasiment pleine pendant des kilomètres, alors je m’en débarrasse en la lançant dans un des nombreux bacs de récupération prévus à cet effet. C’est tout de même une aventure assez hasardeuse que de tenter d’attraper une bouteille en entrecroisant d’autres coureurs qui veulent retourner en piste après avoir récupéré la leur.


Il y a vraiment beaucoup de coureurs. Je suis toujours entouré et il y a peu de distance qui me sépare d’autres participants. Il y a régulièrement de l’animation en marge du parcours. Des orchestres jouent des airs de tout genre, du thème de « Game of Thrones », en passant par Bob Marley jusqu’aux Beatles. Il y a des tambours et autres percussions, des fanfares, des gens costumés, des pom-pom girls. Et la foule est magnifique. Je tape dans les mains tendues par les enfants. Pour la majorité d’entre eux, nous sommes des modèles en quelque sorte. Alors je ne me gêne pas. 

On approche du Bois de Vincennes. J’avale mon premier gel. C’est agréable ce changement de décor. Les édifices d’architecture parisienne fait place aux boisés et grands espaces verts. Un autre point de ravitaillement offre cette fois-ci des quartiers d’orange et de banane, des raisins secs, des cubes de sucre (sic!), des bouteilles d’eau. Mais toujours pas de boisson énergétique en vue. Je m’empiffre de quelques quartiers d’orange pour compenser. Une autre table contient des bassins dans lesquels les coureurs puisent de l’eau avec leurs mains pour s’asperger le visage ou la nuque.

J’arrive à la hauteur d’un grand coureur africain habillé de son habit traditionnel : une longue toge rouge et son petit chapeau noir. Il court pieds nus et je l’observe prendre plaisir à parcourir ce magnifique trajet.

À la sortie du Bois de Vincennes, la foule se fait plus dense et la voie se rétrécit. Quelques cyclistes et piétons, plutôt téméraires, réussissent à se faufiler entre les coureurs pour traverser la rue. Je franchis la mi-parcours (21 km) et je me sens toujours frais comme une rose. C’est motivant!

Nous descendons sur les quais de la Seine. J’admire la cathédrale Notre-Dame sur ma gauche, trônant sur l’Ile de la Cité. Un peu plus loin, le musée d’Orsay sur l’autre rive. Nous passons sous les ponts de Paris, dont le Pont Neuf.

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Tel que convenu, mon fan club féminin préféré (douce et nièce) m’attend au kilomètre 26. Ce support moral « en personne » est important pour moi. Je suis reconnaissant et je m’arrête pour les embrasser. Tant pis pour la cassure du rythme. Je me sens bien et la température est magnifique!

Je fais mon entrée dans le long tunnel rendu célèbre par la mort tragique de la Princesse Diana. Des bornes de lumière multicolore y sont installées, avec musique de spa et des parfums agréables s’en dégagent. J’attaque une légère pente montante pour sortir du tunnel. Ce parcours est tout de même assez plat dans son ensemble.

La Tour Eiffel se présente dans toute sa splendeur de l’autre côté de la Seine. Je l’admire constamment, ainsi que le Pont Alexandre III, mon préféré. Je suis émerveillé par le panorama.

Au 30e kilomètre, je suis stupéfait de voir qu’un énorme mur en carton a été aménagé en travers de notre chemin. Nous le franchissons sous les encouragements d’un animateur qui nous incite à défoncer ce fameux mur « mental » du marathonien. Mais je sais que le mien se situe plutôt aux alentours du 32e kilomètre.


De nombreux coureurs commencent à ralentir, à abandonner, à s’arrêter pour s’étirer. Ça aussi ça joue sur le mental. Je poursuis mon périple. Je me sens encore passablement bien malgré la douleur qui commence à s’installer dans ma jambe gauche et ma cheville droite.

Aux environs du 36e kilomètre, j’aperçois de nouveau mes deux supporteuses. Une nouvelle poussée d’adrénaline. Le sourire aux lèvres, je leur fais signe de la main pour les remercier. Je suis tellement content d’être ici.

Des canons à eau nous douchent au passage, ça fait du bien. Nous traversons le bois de Boulogne. Je gobe mon dernier gel. J’ai du mal à maintenir la cadence et je me concentre à accélérer le mouvement de mes bras pour forcer mes jambes à avancer plus vite. Et je me parle en me félicitant d’avoir franchi une telle distance. Chaque kilomètre restant me semble éternel. J’essaie de me convaincre que le parcours est plutôt de 50 kilomètres. Donc, pas encore le moment de se décourager.

J’entends la musique et la foule s’exprimer de plus en plus fort. Je sais que la délivrance est proche. Je croise le 41e kilomètre avec une caméra qui nous prend en photo et la publie automatiquement sur notre compte Facebook (je m’étais inscrit quelques jours plus tôt).

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J’amorce un sprint final mais un peu trop tôt. Je dois encore franchir un rond point avant d’entreprendre le dernier droit jusqu’à l’arrivée sur l’avenue Foch. Je n’ai d’autre choix que d’abandonner le sprint pour revenir à un rythme normal.

Je croise finalement la ligne d’arrivée en levant les bras en signe de victoire. Je marche jusqu’à la dame qui me remet une lourde médaille et je récupère un t-shirt de Finisher de la 40e édition du Marathon de Paris. Je pense finalement à arrêter mon chrono sur ma montre GPS. J’oublie toujours de le faire dès mon arrivée. Elle affiche 3h43 mais j’en déduis que le chrono réel doit être aux alentours de 3h40, pas si mal. Plus tard je confirmerai mon chrono officiel : 3h41m55s.

J’attrape une pomme que je mange à moitié, sans trop d’appétit. Je vide une bouteille d’eau et je déambule à travers les athlètes étendus un peu partout sur le parvis de l’avenue Foch. Quelques uns aboutissent sur des civières, d’autres râlent en essayant de ramasser un fruit, alors que certains comme moi semblent s’en être pas trop mal sortis.

Je rejoins mes deux fans qui immortalisent ma petite victoire personnelle sur photo, médaille au cou et t-shirt de Finisher au bout des bras. Ma nièce me sauve la vie en sortant de son sac à dos ma bouteille de boisson énergétique que j’avais achetée la veille. Afin un peu d’électrolyte!

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On se rend en métro prendre un déjeuner dans un restaurant sympa du magnifique quartier Le Marais. Comme d’habitude mon appétit revient après avoir bu ma traditionnelle bière d’après course. Au menu : filet de rouget dans son sauté de légumes, et comme dessert, un clafoutis.

C’est délicieux! J’adore Paris! Vive la France!


Ce fût mon 4e marathon. Le plus agréable de tous. Je n’ai pas vu le temps passé tellement il y avait de choses à découvrir. Les derniers kilomètres sont toujours les plus difficiles mais somme toute ma course s’est déroulée comme un charme. Comme quoi j’apprends graduellement à composer avec la douleur et à bien gérer mes énergies. Ça débute la saison 2016 en beauté! Prochain rendez-vous : le Marathon d’Ottawa le dimanche 29 mai 2016.

Le Marathon de Paris, c’est un parcours exceptionnel à proximité de la Seine, une super organisation avec des bénévoles extraordinaires et une foule électrisante!

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Pour un aperçu de ce que j’ai vécu, voici une petite vidéo tournée par un des participants fort sympathique…

Enfin, quelques statistiques pour cette 40e édition du Marathon de Paris…

INSCRIPTIONS

Nombre d’inscrits 57 000 %
Femmes 14 250 25%
Hommes 42 750 75%
Français 35 469 62,38%
Étrangers 21 395 37,62%

10 PAYS LES PLUS REPRÉSENTÉS

Pays Nombre de participants
France 35 785
Royaume-Uni 6 934
Etats-Unis 1 922
Allemagne 1 103
Italie 1 060
Espagne 1 055
Belgique 922
Brésil 581
Pays-Bas 529
Suisse 514

144 pays étaient représentés

LA COURSE

  • 57 000 : total d’inscrits
  • 43 000 : ceux qui ont pris le départ
  • 13 : numéro de dossard de Cybrian Kotut (KEN), vainqueur du Schneider Electric Marathon de Paris 2016 en 2h07m11s
  • 1 827 761 : total de kilomètres parcourus par les concurrents en 2016 – soit plus de 2 allers-retour entre la Terre et la Lune
  • 38% des concurrents vient de l’étranger
  • 1/2 : ratio de coureurs français résidant en Ile-de-France
  • 75/25 : pourcentage hommes/femmes
  • 41 : âge moyen pour les hommes
  • 40 : âge moyen pour les femmes
  • 5 arrondissements traversés
  • 11 postes de chronométrage
  • 32 meneurs d’allure
  • 3 000 bénévoles
  • 105 points d’animation
  • 250 000 spectateurs attendus
  • 144 nationalités représentées (1 : France, 2 : Royaume-Uni, 3 : États-Unis)
  • 144 299 fans sur nos réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Instagram)

SERVICE SECOURS

  • 8 postes de secours le long du parcours + arrivée
  • 1 PC Commandement (Samu de Paris, Croix-Rouge, Protection Civile et BSPP).
  • 47 défibrillateurs
  • Plus de 380 masseurs kinésithérapeutes, podologues, ostéopathes, à l’arrivée

 

12 thoughts on “Le plus beau marathon au monde

  1. Quelle belle plume Rémy!! On dirait qu’on était présent avec toi sur ce parcours! Félicitations pour ce marathon!

    1. Merci Pascale! J’espère pouvoir partager un autre événement de course à pied avec toi et Sébastien! Ça me fait tellement plaisir de vous revoir dans ces occasions. Keep running!

  2. Félicitations Rémy, très contente d’avoir lu ton parcours qui, par ailleurs, est très bien écrit! C’est comme un roman!

    1. Merci Guylaine! J’ai toujours eu de l’intérêt pour l’écriture et je sens que je vais avoir beaucoup de plaisir à remplir ce blog. À bientôt!

  3. Keep going buddy!!! On aime ça te suivre, et maintenant te lire Rémy. Ta plume a une allure sure et pleine de rebondissements… comme tes courses. C’est toi qui m’as le plus encouragé quand je suis sorti de mon « couch », il y a maintenant plus d’un an, pour reprendre la forme. Je n’oublierai jamais que l’an passé, alors à ma première course officielle en plus de 30 ans, tu m’as accompagné sur mon 5km à Ottawa pour me soutenir, me donner l’allure et me « tirer » vers le fil d’arrivé… la veille de ton propre marathon. J’en revenais pas! T’es une machine qui me motive à continuer dans ma modeste remise en forme. Merci p’tit frère! On se voit à ton marathon et mon 10km d’Ottawa.

    1. Merci grand frère! Ton récit me touche beaucoup. J’ai également eu beaucoup de plaisir à partager ce 5km avec toi. Et ce ne sera sûrement pas le dernier! Bonne chance pour ton 10km à Ottawa, j’ai hâte qu’on s’y retrouve avec les autres fous et folles! 😉

  4. Superbe texte Rémy! Je revois la course que j’ai faite le même jour, sur le même parcours, mais en plus, tu me fais découvrir des choses que je n’ai même pas observées. Faut dire que j’étais pas mal dans le rouge dès le 28e…

    Tu sais quoi? Depuis le 4 avril, je me dis et je répète à mes proches «plus jamais un marathon à Paris», car faire le gros de la préparation doit se faire ici au plus fort de l’hiver québécois. C’est trop demandant, pour moi du moins. Or, la lecture de ton texte vient de semer un petit doute dans mon esprit. Il n’en faudrait peut-être pas tant que cela pour que je change d’idée. Sacrée drogue que la course…

    Merci pour ce beau papier et continue ton excellent blogue!

    Simon

    1. Merci Simon! Encore bravo d’avoir complété ton 1er marathon! On n’a pu se rejoindre à Paris pour prendre le départ ensemble mais ce n’est que partie remise. Comme tu dis, c’est une drogue, une très bonne drogue! 🙂

  5. Vraiment Rémy cette une belle histoire. C’est une visite de Paris que tu nous offres pendant ta course. J’avais déjà le goût de courir ce marathon, avec un récit comme celui-là, j’en ai encore plus envie.

    J’ai hâte à notre prochain petit jog. Prends soin de toi mon ami.

    1. Merci Seb! C’est effectivement un très bel événement auquel il faut participer au moins une fois dans sa vie. Je vais sûrement radoter quand on se reverra pour notre petit jog et te raconter encore cette expérience. Bonne chance pour le Marathon de Boston! Réussir à s’y qualifier est tout un défi! Tu es une inspiration!

  6. Wow ! Beau récit Rémy ! Félicitations encore! Ton texte a éveillé quelques souvenirs et émotions en moi. Ça donne le goût de planifier un projet de course et de reprendre l’entraînement.

    1. Merci Sébastien! Je suis heureux que mon récit t’aie donner le goût de renouer avec la compétition. En fait, c’est plus pour se lancer un défi à soi-même et se donner un prétexte pour reprendre un programme d’entraînement. 🙂

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