Cette douleur dans la poitrine qui m’a passé le K.O.

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Mardi 4h00

Je me réveille avec une douleur intense dans la poitrine et à l’épaule droite. Encore endormi, je me dis que j’ai dû passer la nuit à dormir sur le côté droit. Je m’étends sur le dos en espérant que le mal diminue comme ça se produit habituellement. Mais je sens que ce n’est pas comme d’habitude. J’ai une crampe dans toute la poitrine jusque dans le creux des deux épaules. Je songe à la crise cardiaque et je commence à paniquer. Je gémis, je me rends aux toilettes mais des étoudissements m’assaillent.

Merde! Qu’est-ce qui se passe ?! Ça ne peut pas être ça! Ça ne peut pas m’arriver à moi!

Je retourne à mon lit avec une débarbouillette d’eau froide sur le front. Comme je me sens un peu mieux, je décide tout de même de me rendre au travail. Dans le train de banlieu, la douleur est constante et j’ai vraiment hâte d’arriver à destination. En avant-midi, j’essaie d’être attentif pendant la première réunion de la journée mais, peine perdue, mon esprit est ailleurs. Je me tortille sur ma chaise tellement c’est souffrant et après la réunion je décide de me rendre à la clinique sans rendez-vous la plus proche de mon lieu de travail.

On me dit qu’on me téléphonera en après-midi quand mon tour sera venu. Je retourne donc au travail non sans avoir fait un détour par la pharmacie pour y cueillir des comprimés d’Advil. J’en avale deux et je dîne sans grand appétit. En après-midi, je rédige un document péniblement car la concentration n’y est pas. La journée s’achève sans avoir reçu de coup de fil de la clinique et je retourne à la maison.

Après le souper, j’appelle Info-Santé (8-1-1) et la gentille infirmière, après m’avoir posé une multitude de questions, me recommande de me rendre à l’urgence. À l’hôpital près de chez moi, je vois une infirmière au triage et je lui raconte ma journée. Elle prend mes signes vitaux et ne s’alerte pas pour autant. Après près d’une heure d’attente, on me mitraille des capteurs d’un électrocardiogramme. Après encore une longue attente je revois l’infirmière : ma fréquence cardiaque est tout à fait normale.

Je dois encore patienter en salle d’attente pour rencontrer un médecin.

Mercredi 2h00

L’attente est vraiment inhumain. La salle d’attente est encore occupée par une dizaine de patients. Ma patience flanche et j’avise la préposée à l’accueil que je retourne à la maison. On ferme le dossier et je me présenterai à nouveau si rien ne s’améliore.

J’avale deux caplets de Robax Platinum et je m’assoupis. Le réveil-matin sonne à 6h00, je me sens mieux mais je décide de travailler de la maison. Sur l’heure du dîner le mal est encore présent malgré mes comprimés. Il semble se concentrer aux alentours du sternum cette fois-ci. Ma conjointe m’informe de l’existence du site web Bonjour-Sante.ca qui m’aide à obtenir un rendez-vous en après-midi dans une clinique près de chez moi. Vraiment pratique ce site!

Le médecin de la clinique m’envoie passer une radiographie des poumons mais n’y détecte rien d’anormal. Il trouve ça étrange et me suggère de continuer à prendre des Advil et de revenir si ça ne s’améliore pas. Je suis déçu de son verdict.

Depuis le début, la douleur s’amplifie lorsque je me couche, je me penche ou je prends de profondes respirations. Elle s’étend quelque fois jusqu’à la base de mon cou.

Je me rappelle alors de l’histoire d’une personne ayant souffert d’une inflammation de l’enveloppe du coeur. Après une courte recherche, je découvre qu’il s’agit d’une péricardite et les symptômes associés ressemblent étrangement aux miens!

institut-cardiologie-montreal

https://www.icm-mhi.org/fr/soins-et-services/maladies-cardiovasculaires/pericardite-0

Description

Le coeur est enveloppé dans un sac à double couche appelé péricarde. Quelques millilitres de liquide séparent ces deux membranes permettant au cœur de bouger à chaque contraction cardiaque.

La péricardite est une inflammation du péricarde. Lorsqu’une péricardite survient, le liquide entre les deux couches du péricarde peut augmenter et on parle alors d’épanchement péricardique. Le liquide accumulé peut éventuellement comprimer le cœur et interférer avec son fonctionnement normal.

Causes et/ou facteurs de risque

Très souvent la cause d’une péricardite demeure inconnue. On parle alors de péricardite idiopathique, mais celle-ci résulte souvent d’une infection virale, du même type qu’un rhume.

La péricardite peut aussi survenir suite à :

  • un infarctus
  • une chirurgie cardiaque
  • une infection, bactérienne ou autre
  • des traitements de radiothérapie
  • un envahissement d’un cancer situé à proximité
  • un traumatisme au thorax

Symptômes

Les symptômes les plus fréquents sont :

Une douleur à la poitrine pouvant s’étendre au cou, aux épaules et au dos. La douleur est souvent plus intense lors de grandes respirations, en position couchée ou lorsque l’on tousse. La douleur peut être en partie soulagée lorsqu’on se penche vers l’avant. De la fièvre (> 38°C buccal), de la fatigue, des frissons, de douleurs articulaires, une transpiration abondante et des maux de tête. Tous ces symptômes peuvent témoigner d’une infection virale.

Plus rarement, les symptômes suivants peuvent survenir :

  • essoufflement
  • palpitations
  • enflure au niveau des jambes ou du ventre

Diagnostic

Après avoir fait un questionnaire complet et un examen physique, le médecin, s’il soupçonne une péricardite, aura recours à certains des tests suivants afin de confirmer le diagnostic, d’évaluer la sévérité du problème et de déterminer le meilleur traitement.

  • électrocardiogramme
  • échocardiogramme
  • CT scan

Traitement

Dans les cas de péricardite idiopathique ou virale, le traitement consiste essentiellement à diminuer l’inflammation et la quantité de liquide accumulé en utilisant une variété de médicaments anti-inflammatoires.

Le traitement d’une cause spécifique de péricardite est de plus essentiel et dépendra de la maladie diagnostiquée.

La ponction péricardique, une procédure consistant à insérer une mince aiguille à travers la cage thoracique jusqu’au sac péricardique est parfois nécessaire, soit pour diminuer la quantité de liquide et améliorer le travail du cœur, soit pour permettre un diagnostic plus précis en analysant le liquide obtenu (ex : infection, cancer).

Dans de rares cas, si la péricardite ou l’épanchement sont récidivants et empêchent un fonctionnement adéquat du coeur, il peut être nécessaire de retirer le sac péricardique chirurgicalement (péricardectomie).

Je me dis alors qu’en continuant de prendre des Robax Platinum qui contiennent des éléments anti-inflammatoires ça ne peut pas nuire si c’est en effet une péricardite que j’ai contractée. Dans tous les cas, une inflammation semble présente et il faut l’éliminer.

Jeudi 6h00

La douleur s’est amoindrie. Je retrouve la routine d’un jour de semaine normal malgré ce malaise qui me lancine continuellement mais plus subtilement. J’essaie de voir un collègue de travail qui pratique aussi la course à pied et qui a eu un malaise semblable il y a quelques années. Il n’est malheureusement pas à son bureau. Durant mon retour à la maison, le mal semble davantage se concentrer au niveau de l’estomac. De plus, en soirée, une crampe assaillie le dessus de mon épaule droite.

Vendredi 6h00

Je me sens vraiment mieux, je sens encore un pincement à l’intérieur de ma poitrine mais rien qui m’empêche de fonctionner. À mon arrivée au travail, je retrouve finalement mon collègue. Les symptômes qu’il a eus à l’époque ressemblent exactement aux miens. On lui avait diagnostiqué une péricardite suite à une salmonellose qui l’avait assaillie quelques semaines auparavant. Mon hypothèse semble donc se confirmer. Il me conseille de ne pas prendre ce malaise à la légère et d’aller à l’urgence.

Je retourne donc à la clinique que j’avais consultée mardi et cette fois-ci je vois un médecin assez rapidement. Je n’ose pas lui dire que ça va beaucoup mieux, de peur qu’il ne me réfère à aucun spécialiste. Ça fonctionne assez bien car il m’ordonne de me rendre à l’urgence de l’hôpital Hôtel-Dieu de Montréal à quelques minutes d’ici. Il me propose même d’appeler le 9-1-1. Ouf! Je refuse car je sais que ma condition ne justifie pas la mobilisation d’une équipe d’urgence. J’attrape donc un taxi par mes propres moyens.

À l’urgence, c’est assez efficace quand on doit traiter des cas de malaise cardiaque. On me passe un électrocardiogramme (mon deuxième!) et comme tout est beau, on me retourne en salle d’attente. Je n’ai pas le temps de m’impatienter cette fois-ci. Je vois le médecin qui me fais une échographie du coeur. Il m’envoie prendre une prise de sang et passer une radiographie des poumons (ma deuxième!). Après environ une heure, je le vois à nouveau pour me faire part du résultat des analyses.

Le diagnostic tombe : je suis bel et bien atteint d’une péricardite.

J’ai des anti-inflammatoires à ingurgiter pendant les deux prochaines semaines et je dois passer une échographie plus approfondie du coeur effectuée par un cardiologue. Un rendez-vous de suivi est aussi prévu par la suite.

La morale de l’histoire

Je suis heureux d’en avoir enfin le coeur net… pour ne pas faire de jeux de mots. 🙂

J’aurais dû ne pas attendre et me rendre tout de suite à l’urgence le mardi matin. Dès qu’une douleur intense et constante se manifeste dans la poitrine, on doit se rendre à l’urgence le plus rapidement possible. J’ai pris un risque énorme en retardant ma première visite en clinique. Il faut éviter de se convaincre que ce n’est pas si urgent que ça. Avoir des crampes dans la poitrine, c’est toujours une situation urgente!

Aussi, j’ai compris qu’une péricardite n’est pas toujours détectable avec un électrocardiogramme, à moins qu’elle soit très avancée. Dans ce cas là, l’inflammation nuit au fonctionnement normal du coeur. Dans mon cas, le diagnostic s’est confirmé lors de l’analyse sanguine.

Me voilà donc sur le carreau (en ce qui concerne la pratique de mon sport favori) pour au moins deux semaines. En effet, le médecin m’a recommandé de ralentir ma pratique de la course à pied pendant cette période. Il m’a expliqué qu’en courant, le coeur bat plus souvent et augmente donc l’inflammation du péricarde.

Je suis déçu que, cette année encore, une blessure vienne compromettre ma saison de course à pied. L’an dernier c’était une blessure à la hanche qui m’avait ralenti. La présente saison 2016 était passionnante jusqu’à maintenant : j’ai battu des records personnels sur les distances de 5 km, 10 km, demi-marathon et marathon. J’abandonne cependant un autre objectif que je m’étais fixé cette saison : obtenir un temps de qualification pour le Marathon de Boston lors du prochain Marathon de Montréal à la fin septembre.

Le corps envoie des signaux quand quelque chose cloche et il ne faut pas les ignorer. Je ne saurai jamais ce qui a causé cette péricardite. Peut-être ai-je trop poussé la machine cette année. Je ne saurais dire. Mais j’ai décidé de ne pas prendre de risque additionnel et de suivre les recommandations du médecin.

Ce n’est que partie remise pour ma participation au Marathon de Boston. Vaut mieux prendre du repos maintenant pour revenir en pleine forme plus tard.

À mon avis, les coureuses et coureurs sont plus à risque de contracter une péricardite. Cependant, les personnes qui ne pratiquent pas la course à pied peuvent aussi être vulnérables surtout si elles sont victimes d’une infection.

S.V.P. Partagez cette histoire avec vos parents et amis. Ils seront ainsi en mesure de reconnaître les symptômes d’une péricardite et en informer le personnel médical lors d’une éventuelle visite à l’urgence.

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Je vous redonne de mes nouvelles lors d’un prochain article! 🙂

4 thoughts on “Cette douleur dans la poitrine qui m’a passé le K.O.

    1. Merci Philippe! Effectivement, c’est lorsque tu perds quelque chose que tu l’apprécies mieux lorsque tu le retrouves! 🙂

  1. Bel exemple d’une personne qui a utilisé intelligemment les moyens à sa disposition pour comprendre ce qui se passe dans son corps!

    1. Merci chère nièce! Cependant, faut faire attention aux sources d’information. Ce qu’on lit sur Internet ou ce qu’on entend dans notre entourage peuvent souvent nous faire paniquer pour rien! 😛

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